Celle qui a fait le test

Le 31 mars, presque près d’une semaine de mal de gorge tenace, de nez qui coule le matin, est bouché l’après midi, j’ai eu de la fièvre. Légère, certes, mais là. J’ai pris la décision d’appeler mon médecin.

Il m’explique qu’il ne consulte pas, qu’il est en quarantaine actuellement. Il prend le temps de me questionner sur mon état, se montre très rassurant, souhaite attendre l’évolution. Et puis au travers des questions, il me demande ma taille et mon poids. L’IMC clignotte de partout, supérieur à 43. Je sens que le ton change au téléphone.

Il va prendre contact avec le laboratoire, organiser un prélèvement. Il me recommande un isolement total dans une pièce de la maison, coupée des enfants, chambre à part du conjoint. Il m’invite à porter un masque, peut importe lequel, ce que j’ai. Il me rappellera le lendemain, il m’invite à ne pas paniquer mais à surveiller mes symptômes.

Mon mari décide de prévenir son chef. Il ne retourne pas travailler tant qu’on n’a pas les résultats. Si je suis infectée, il est le vecteur presque certain de la maladie.

Le 1er avril, j’aurai preferé un autre poisson, le médecin m’appelle à 9h30. Il m’explique que je vais devoir me rendre au labo, passer par une rue adjacente pour me garer sur le parking des livraisons, et appeler le labo par téléphone. Lui va envoyer l’ordonnance. Le prélèvement sera fait depuis ma voiture (le mode drive est lancé depuis quelques jours). Il se veut rassurant, c’est pour prendre les mesures adéquates et organiser une surveillance accrue si le test est positif. Aujourd’hui rien ne dit que ce n’est pas une (putain d’) angine.

Je rédige l’attestation dérogatoire en précisant où je me rends et pourquoi. Je glisse l’attestation sous plastique avec ma carte vitale, ma carte mutuelle et ma pièce d’identité.

10h40 je suis garée derrière le laboratoire. J’appelle. Il faut plus de 5min pour qu’une secrétaire décroche. Il lui faut encore 5 min pour chercher le dossier. Qu’elle ne trouve pas. Elle m’invite à revoir avec le médecin. Je rappelle le médecin qui me donne le nom du médecin qui a validé la réception. Je rappelle le labo. La secrétaire s’agace et me passe le médecin. Il ne comprend pas plus que moi le souci. Ha si, il ne trouve pas l’ordonnance mais on s’en fiche, il va lui même appeler mon médecin. La secrétaire veut me fixer un RDV. Je l’informe que je suis sur le parking depuis 20 min. Elle soupire. Elle m’agace mais je reste courtoise, oui, la situation est difficile pour tout le monde. Ok. Elle me passe une collègue pour créer le dossier, la collègue s’aperçoit que le dossier est créé et l’ordonnance rangée dedans… On m’envoie la personne pour le prélèvement.

11h05 Un medecin (?) sort par la porte arrière du batiment. Il a un masque + une visière plastique + une combi façon cosmonaute et des gants fluo genre anti nucléaire. Franchement, là je flippe. Le gars frappe sur la vitre de la portière opposée. J’ouvre la portière et lui donne la pochette plastique. Il repart avec. Il revient 2 min après.

Il s’approche de ma portière, j’ouvre la portière.

Symptômes ? une semaine de mal de gorge, une semaine avec le nez bouché/qui coule, un jour de fièvre, légères courbatures en haut du dos depuis le matin.

Soignant ? Infirmière ? Non, IMC supérieur à 40.

Il me demande de basculer la tête en arrière.

Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain.Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain.

Et il faut faire la seconde narine.

Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain.Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain.Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain. Putain.

C’est très douloureux. Ce n’est pas désagréable, ce n’est pas sensible ou juste inconfortable. c’est très très douloureux. C’est une sorte de frottis au fond de votre cerveau. 15 cm de tige qui passe dans le nez jusqu’à gratter je ne sais quoi. J’ai eu l’impression qu’on me grattait le cerveau. J’ai chialé. Oui, j’ai pleuré, pendant et plus de 30 min après je pleurais encore.

Le médecin a pris congé. Une jeune fille masquée m’a rendu mes papiers, m’a prévenu que les résultats seraient communiqués vendredi (sous 48h) à mon généraliste. Je suis rentrée chez moi. En pleurant. J’ai eu mal pendant 2h.

Jeudi 2 avril. Ce matin j’ai toujours mal à la gorge mais surtout la trachée en feu. Et ça ne passe pas de la journée. Du coup quand j’inspire c’est très désagréable. Je peux faire des inspirations profondes. Je peux compter encore rapidement jusqu’à 20. J’arrive encore à reconnaître l’odeur de la moutarde, je suppose que c’est bon signe. L’agnosie me fait très peur. Mon mari tousse moins, ou alors c’est parce qu’il bricole dans le garage et que je ne l’entends pas. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’attends avec impatience la réponse au prélèvement, mais je n’ai jamais bien vécu l’attente d’un résultat.

Vendredi 3 avril. A 14h, ne voyant toujours pas mon téléphone sonner, je décide d’appeler le médecin. Il n’a rien reçu, me dit que le laboratoire le préviendra par téléphone du résultat, il promet de me recontacter ensuite. Nous sommes plus de 48h après le test. Je prends conscience que c’est sans doute pour cela qu’aujourd’hui le gouvernement ne peut pas envoyer les soignants se faire dépister, ils ne sont pas en mesure de garantir (comme le dit cet arrêté ) le résultat sous 24h. Il est là le putain de problème. Pour être en mesure de prévenir les formes graves, il faut que les patients puissent être testés dès les premiers symptômes pour que les mesures de surveillance soient prises ! Malheureusement en faisant attendre les patients (et leur médecin) on va franchir la barrière et arriver en zone critique. Franchement toute la journée je me suis dit que j’aurai l’air bien con de partir avec le samu dans la nuit en sachant que j’avais pris toutes mes précautions d’autosurveillance et d’alerte au médecin traitant en temps et en heure. Lui aussi aura fait son travail, il a prescrit le test, il m’a envoyé moins de 24h après le premier appel vers le laboratoire. Bon, faudra juste qu’on m’explique comment font les stars pour avoir un résultat sous 12h, alors que je n’avais toujours pas de résultat à +54h.

Comment je me sens ? J’ai cette putain de trachée en feu, j’ai mal entre les seins et sous les côtes, j’ai comme des coups d’aiguilles dans la poitrine 3 à 10x par jour et ma gorge est très douloureuse. J’ai l’impression qu’elle est gonflée. Quand bien même j’aurais une angine, bordel de merde, je voudrai bien le savoir et être soignée.

Samedi 4 avril. J’ai mal à la gorge et la trachée. J’ai des sortes de points de côté sous les côtes et j’en ai marre de surveiller mon téléphone. J’ai donc appelé le labo juste avant la fermeture. Aujourd’hui ils ont reçu les résultats des prélèvements de mardi. Donc mes résultats seront dispo lundi. Mon médecin sera avisé par téléphone, il me contactera.

Quand même, France 2020, je me pose une question. Comment c’est possible ? Comment un test qui donne un résultat fiable en 6h, pour lequel un arrété exige un rendu au patient sous 24h, comment on peut à ce point laisser les gens en attente d’une réponse, s’un verdict, d’une surveillance. Car c’est bien là le souci.

Les personnes à risques sont indiquées pour le test. Ils le font quand ils ont les symptômes. On n’appelle pas son médecin après 3 jours de rhume. On attend une petite semaine. J6, J7. Le test est organisé. On sait que la période critique est installée entre J9 et J10 ou J12. Si le résultat est connu à J8, on peut prendre les devant, on peut suivre le patient, l’hospitaliser en amont pour prendre les constantes et être là au cas où, même l’appeler au téléphone régulièrement etc… Cette surveillance est mise en place quand un patient à risque est reconnu Covid+. Si le résultat arrive à J10, la surveillance est tardive, l’aggravation peut déjà être installée. Si le résultat arrive à J12 il est possible que le patient soit décédé.

Bien sur je suis en colère. Que ce soit une angine ou un Covid19 d’ailleurs. Aujourd’hui il est impensable qu’un prélèvement effectué un mercredi avant midi, ne puisse pas être analysé et rendu au patient avant le lundi.

Cela signifie que les chiffres avancés par le gouvernement sont tronqués. Parce que quand on lit « aujourd’hui mardi X : + 1600 covid + » bah en fait, les prélèvements étaient peut etre ceux de la semaine avant, que peut etre ce sont ceux qui ont pu être analysés la veille, que finallement on ne sait pas à quoi ça correspond, ni où ! Il y a des disparités évidentes. Je lis la presse, j’écoute la radio, je vois des politiques annoncer leur résultat sous 12h, je vois des chanteurs qui ont un accès aux résultats plus vite qu’une cuisson de Cheesecake. Certaines zones de France tiennent-elles le délai de 24h ?

La mienne non. Je suis en Auvergne-Rhones-Alpes. Je suis dans le 01. Je suis à 1h de Lyon. Et mon test Covid aura mis plus de 5 jours à m’être rendu.

Dimanche 5 avril. Aujourd’hui je me suis levée sans douleurs dans la trachée. J’ai donc décidé de parler avec ma maman via slype. Mais après 20 min de conversation, j’ai bien sentie que ce n’était pas ma meilleure idée. J’ai commencé à me sentir mal. Il a fallu donner le change encore quelques minutes. Puis de nouveau, je suis allée me murer dans le silence, au repos. J’ai refait le test l’après midi, de nouveau, après 15 min de blabla, le souffle court, je me sentais pas très fraîche. J’économise donc mes mots et je tape frénétiquement sur mon clavier pour compenser.

Lundi 6 avril. Il est 13h40. Non, le téléphone n’a pas sonné. J’ai toujours mal à la gorge, j’ai toujours la trachée en feu et j’ai des épisodes assez désagréables dans la poitrine. Je suis fatiguée. Hier j’ai tardé à m’endormir. Aux épisodes de souffle court succédaient les épisodes de panique et les crises d’angoisse. Pratique.

Toujours lundi 6 avril. Il est 17h22 quand je décide d’appeler le laboratoire. Les résultats ont été transmis au médecin. Mais on m’annonce un NÉGATIF en direct au téléphone. Ouf. Et Merci. Bon, ça ne dit pas ce que j’ai, ni comment je vais me soigner, mais je n’ai pas cette merde de COVID19. C’est déjà ça. Notez qu’à 18h45, le médecin ne m’avait toujours pas recontacté… Mais il l’a fait à 19h30. Pour me dire qu’il ne croyait pas aux résultats et qu’il fallait que je continue de me surveiller. Il m’a rassuré sur la forme à priori bénigne et m’a parlé des faux négatifs. Après un nouveau diagnostic différentiel, il revient toujours à cette idée de Covid19 mais comme il ne peut pas m’examiner, la situation reste inédite et il ne peut rien pour moi. Attendre.

Mardi 7 avril. 14h49. Toujours cette trachée en feu. Toujours ses pics douloureux dans la poitrine. Mais je peux boire, manger et si je ne parle pas trop longtemps je peux même aller au bout de ma phrase sans faire de pause. Mon homme a repris le travail, comme je ne suis pas positive il n’a pas d’arrêt, il n’a donc aucune excuse officiellement pour rester avec moi. Bon, la bonne nouvelle c’est qu’il a reçu des masques chirurgicaux (même si avec ses lunettes et le boulot dans le froid, il apprend à vivre dans la buée).

Vendredi 10 avril. Dans la boîte aux lettres, mes résultats. Et un peu l’impression d’un foutage de gueule à l’heure du numérique et des échanges mail et compagnie. Donc mon test a été prélevé le 1er avril, le résultat était connu le 3 avril avant midi. Et j’ai du attendre jusqu’au 6. Bravo. Non, non vraiment… Pffff. 2020 l’aire numérique hein…

Regardez les dates en haut à gauche de la seconde page.

Samedi 11 avril. 5h46. Toujours la trachée en feu, toujours les coups d’aiguilles dans la poitrine (une mini seconde mais qui fait mal) par contre j’ai retrouvé toute ma capacité à parler, à enchaîner les monologues et que j’ai toujours la pèche et une belle énergie à revendre.

Samedi 18 avril 8h39. Ma tranchée est toujours douloureuse, peut etre un peu moins aujourd’hui (ou alors je m’habitue ?) J’ai de nouveau ce rhume de merde et mal à la tête. Quoi que ce soit, j’aimerai bien que ça passe. Enfin.

Jeudi 23 avril 13h43. Pour la première fois depuis un mois je n’ai plus AUCUNE douleur dans la trachée ni dans la gorge.

2 réponses à “Celle qui a fait le test

  1. Hé bien cela fait froid dans le dos tout ça … on se demande ce qui ne va pas en France ? un gros début d’explication dans cet article !!!! Contente que cela aille mieux pour toi aujourd’hui :)))) (et je suis toujours aussi fan de ton style d’écriture ceci dit en passant)

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