Rien n’est peut-être plus égoïste que le pardon

“Rien n’est peut-être plus égoïste que le pardon.” C’est vrai ça, il avait plutôt raison André Chamson dans On ne voit pas les coeurs : c’est celui qui pardonne qui en tire le bénéfice, pas vraiment celui qui est à pardonner. Qui tire avantage du pardon si ce n’est celui qui le détient comme un symbole de la toute puissance divine ?

Pourtant qu’est ce que le pardon si ce n’est cet acte de bienveillance qui doit faire oublier la douleur commise par l’Autre pour lui permettre de ne plus en avoir à porter le fardeau ?

Qu’est ce que le pardon ?

Il s’agit avant tout d’un acte de miséricorde accordé à l’autre, l’auteur de la faute. Il faut distinguer le pardon accordé par réflexe de celui qui demande une véritable absolution.

Si je bouscule quelqu’un au marché, je m’excuse, et je suis aussitôt excusée. D’ailleurs je n’attends pas réellement une approbation de l’autre. Ce que j’ai fait n’est pas grave, du moins, c’est ce que (moi) j’estime à ce moment là.

Si je bouscule quelqu’un au marché, une vieille femme qui en tombe à la renverse et semble se faire très mal. Je m’excuse toujours, je vais même l’aider à la relever. Je vais attendre de savoir qu’elle va bien pour m’éloigner. Je vais attendre un accord sur sa santé qui fera office de pardon. Si elle va bien, alors je n’ai pas à porter le fardeau de sa douleur. C’est encore une fois ce que (moi) j’estime à ce moment là.

Si je bouscule quelqu’un au marché, une vieille femme qui en tombe sur la route et sur laquelle une voiture passe. Je n’aurai plus personne auprès de qui m’excuser. Est ce que la faute m’incombera ou est ce que pour paraître moins coupable je pourrais la faire porter à cette voiture qui roulait peut être trop vite et n’a pas freiné à temps ? Est ce que le fardeau d’avoir causé la mort d’une femme va peser pendant des années sans que je puisse passer outre ? Est-ce que le fait de ne pas pouvoir demander pardon à la personne fera que je ne serai jamais pardonnée ?

L’erreur est humaine, le pardon divin.

Techniquement, seul Dieu pardonne. Rappelez-vous Alexander Pope . C’est le propre de la religion que de donner l’absolution. Chaque acte est pardonnable, il n’existe rien que Dieu ne pardonne pas. Voyez les prêtres pédophiles. Je ne dois pas demander à l’humain de me pardonner, je dois demander à Dieu. Mais alors me direz vous, les athées sont impardonnables par nature ?

L’humain est malin. Comment pardonner sur terre et permettre au monde de continuer de tourner sans pour autant faire la queue devant les confessionnaux ? Dès les prémices du monde (code d’Ur-Nammu rédigé vers 2 100 avant JC) l’être humain a déployé un arsenal visant à juger, punir et par la suite pardonner : la Justice.

Revenons au marché, la police arrive, je suis arrêtée. Le chauffeur de la voiture aussi. Nous serons auditionnés et jugés. La voiture a tué la vieille femme, je n’ai fait que la bousculer. Je suis à l’origine de l’action mais je ne suis pas la cause de la mort. L’autopsie dira qu’elle était en vie au moment d’arriver sur la route et que c’est la collision avec la voiture qui l’a tuée. Le chauffeur sera puni. Je serai blanchie. Pas besoin de pardon si pas de faute. Est ce que pour autant je ne me sentirai pas coupable ?

Version 2, même système de causalité mais avec une nuance de taille. Je suis dans la voiture. Je renverse une femme qui a été poussé par autrui. Je ne suis pas l’instigatrice de l’action, et pourtant je suis déclarée responsable de sa mort. La justice me déclare coupable. Je purgerai ma peine à l’issue de laquelle je reprendrai le cours de ma vie. Est ce que pour autant je ne me sentirai plus coupable ?

Version 3, Elisa joue au ballon au marché, le ballon roule sur la route, Elisa suit le ballon, Elisa se fait renverser par la voiture. Elisa a 3 ans. Sa mère lui a donné le ballon, elle est là à quelques pas, elle achetait des pommes sur le marché. L’étal est dos à la route. Sa mère se sentira surement coupable toute sa vie sans pour autant porter la responsabilité de la mort de sa fille.

Il n’y a personne d’autre que celle ou celui qui souffre qui détient le pardon. On ne pardonne pas l’excusable, on pardonne ce qui ne l’est pas et c’est ce qui fait le pardon difficile, rare et précieux.

Il faut se demander si le fardeau de celui qui n’est pas pardonné peut être comparable au fardeau de celui qui ne pardonne pas. Vivre avec l’idée que l’autre souffre est un poison et une forme de vengeance aussi qui peut créer de l’amertume et de la rancœur. Pour autant nul ne devrait se sentir obligé de pardonner. Pardonner n’est pas réparer. Demander pardon n’est pas effacer le passé.

Rien n’est peut-être plus égoïste que le pardon.

La personne qui demande pardon a fait l’effort de solliciter une absolution et cet effort mérite qu’on s’y attarde et qu’on le récompense. Bien cruel est celui qui ne peut pas l’accorder n’est ce pas ? Imaginez un instant, la personne est là, en face de vous, elle a fait quelque chose de grave, mais elle l’a avoué, elle a reconnu sa faute, cela lui a coûté, elle vous a demandé pardon. Que vous pardonniez ou non, cela ne changera pas l’histoire, cela n’effacera pas le passé, ne ramènera pas la vieille dame à la vie, ni Elisa. Cela ne coûte rien de pardonner.

Celui qui l’accorde, qui soulage t-il à par lui même ? Puisque pardonner n’est pas réparer et puisque accorder le pardon n’est pas effacer, à part soulager sa propre conscience et s’élever au rang de Dieu en accordant la miséricorde, le pardon n’apporte rien.

La culpabilité est un fardeau que les âmes portent jusqu’à leur mort. Le pardon n’est qu’un mot.

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