Ce que je t’ai écrit [flashback 29 janvier 2015]

Combien déjà ? 18 ans ?! Déjà  18 ans. Seulement 18 ans. C’est à la fois tellement long … et pourtant j’ai l’impression qu’on s’est vu hier.

Je ne sais pas trop quoi dire. Tu m’as manqué tu sais. Beaucoup. J’ai été en colère, je crois même que je le suis un peu encore. J’ai parfois les larmes qui montent quand je pense à toi, à la façon dont tu es parti.

C’est dégueulasse d’être parti comme ça. Sans dire au revoir. Comme si tu claquais la porte. Comme si tu raccrochais au nez. Tu as eu le dernier mot, je n’aime pas ça. Je n’ai pas aimé ça. J’ai été en colère, et triste. Très triste. Parce que tu as tout raté. Je te sentais bien près de moi mais c’est comme si tu ne réagissais pas. J’ai attendu des signes et je n’ai rien vu. Comme si tu te fichais bien de tout ce qui pouvais m’arriver. Comme si t’avais autre chose à faire. C’est n’importe quoi, tu n’avais rien d’autre à faire que d’être là. On aurait dû passer en priorité face au reste.

Je pensais que j’étais importante pour toi. Ta première née. Ta fille. Et puis non, apparemment quelque chose de mieux que moi à fait que tu t’es senti le droit d’aller faire ta vie ailleurs. C’est quand même dingue ce comportement ! Tu vois, je crois que je suis encore en colère ! J’ai du mal à me dire que tu n’y es pour rien après tout, ce n’est quand même pas moi qui suis partie…

Tu as raté pas mal de choses, à commencer par mon adolescence, la période où j’aurais quand même eu sacrément besoin de toi. Ce n’était facile pour personne. Maman a connu bien des difficultés avec moi. J’avais 13 ans, je ne suis pas sure que tu ais bien saisi l’enjeu de ton départ à ce moment clé de ma vie. Tu aurais pu attendre 3 ans, ou 10. Ou ne jamais partir tiens ! Je suis sure que tu regrettes ?!

Dis-moi que tu regrettes !!! Dis-moi que si tu avais su tout ce que tu allais rater, t’aurais tout fait pour rester ?! J’ai tellement l’impression que tu aurais dû être là, que ça aurait tout changé, ou que justement ça n’aurait rien changé et que tu aurais connu ceux qui font mon bonheur aujourd’hui.

Je ne me suis jamais sentie aussi malheureuse que le jour de la naissance de ma première née.

Ma fille.

Parce que ce petit être qui ne demandait qu’à  être chérie et aimée, mettait ses yeux bleus, ceux qu’elle a de moi, que j’ai moi-même de toi, dans mes yeux et suppliait un amour éternel… Et je n’ai pas compris à ce moment-là comment tu avais pu abandonner ces yeux-là, les yeux que j’ai plongé dans les tiens un peu plus de 25 ans auparavant.

Comment on peut abandonner un amour inconditionnel ?

Je me suis sentie triste, triste de me dire qu’il y avait donc quelque part, quelque chose de plus fort que l’Amour.

Tu n’as pas connu ma fille, c’est tellement dommage. Elle est géniale cette enfant. Elle est l’enfant presque parfait, celui qui dort bien, qui mange bien, qui parle bien, toujours calme, souriante … Un soleil de printemps, celui qui n’étouffe pas, non, celui qui réchauffe. Elle porte un prénom royal, parce qu’elle est celle qui gouverne nos cœurs. Avec son père on est fier d’elle.

Son père. Mon mari. Je me demande ce que tu en aurais pensé de voir ta fille de 20 ans, ramener un presque trentenaire aux cheveux longs, tatoué et motard et plaquer ses études pour partir s’installer à 800 bornes. Tu n’aurais pas beaucoup rit. Moi si ! Si tu avais vu la tête de maman … Aujourd’hui on en plaisante mais tu sais, à l’époque, ce n’était pas très drôle pour elle.

J’ai attendu 6 ans pour me marier. J’aurai voulu que tu sois là. Ce n’était ni un grand jour, ni le plus beau de ma vie, mais je m’en fiche bien aujourd’hui, on était nous, on était Un.

Si tu m’avais vu, tu aurais pleuré ! Je le sais !!!

Tu ne regrettes pas ? Pourquoi tu ne dis rien ?

Tiens, ta seconde fille va se marier, cet été. Tu vas rater ça aussi ? Je ne peux toujours pas te convaincre de revenir ? Il n’y a rien à faire ? Vraiment ? J’ai essayé tellement de fois de t’appeler, mais tu ne réponds pas. J’ai essayé de t’écrire des milliers de fois … combien de lettres laissées sur le bureau, mouillées de larmes …

Je trouve ça tellement dommage ce silence qui s’est installé entre nous.

J’aimais bien ta voix. Plus le temps passe et moins j’arrive à m’en souvenir.

Tu as raté tellement de chose. Tu ne connais ni mon fils ni ma dernière-née.

Mon fils. Vraiment, tu aurais adoré le voir grandir ! Il est tellement génial, je te jure il est … unique. Il a quelque chose de fort et de fragile à la fois, comme si il était tout. Il est poète, il est sensible, il est créatif et doux. Il est chevalier. Mais il est aussi un tourbillon, une tempête, un ouragan. Parfois j’ai l’impression qu’avec lui, rien ne sera facile. Mais je l’aime, si tu savais …

En réfléchissant, tu  ne peux pas savoir ! Si tu avais aimé comme j’aime mes enfants tu ne serais pas parti ! Tu vois, je suis encore en colère, j’ai cette boule au ventre depuis ton départ, elle ne passe pas ! Je voudrais tellement que tu ne sois jamais parti !!! Je ne digère pas cette absence si longue … 18 ans !!! Tu aurais pu revenir, tellement fois j’ai attendu !!!

Ma petite dernière a quelque chose de révolté au fond des yeux, elle est cette petite fille pleine d’amour mais aussi de contrariétés. J’ai l’impression qu’elle est le parfait mélange entre mon amour et ma colère, ma peine et ma joie, mes forces et mes faiblesses. Quand je la regarde je me vois moi en train de rire. Quand elle pleure ce sont mes larmes qui coulent. Elle est moi comme je suis infiniment elle.

Tu ne viendras pas la voir? Et pourtant tu en crèves d’envie ! Ce n’est pas possible de ne pas craquer ! De faire marche arrière, de regarder derrière ! Je suis une mère, j’en mourrais de passer des années loin d’eux … des jours … des minutes … Comment peux-tu faire croire à ton monde que tu ne reviendras jamais ?

Allez, dis-moi papa, pourquoi tu es parti ?

C’est ce qu’ils ont dit il y a presque 18 ans, ils me l’ont dit à moi, à nous tes enfants, à maman aussi.

Ils auraient dû dire la vérité, que tu n’étais pas parti, ce n’est pas toi qui es parti. On t’a enlevé. Tu n’as rien décidé, tu n’es pas parti !!! Tu ne serais jamais parti !!! Tu ne serais jamais parti loin de ta femme, loin de tes filles !!! Jamais jamais !!! Et partir où ? Quand on part on va quelque part, tu n’es pas parti puisque tu n’es nulle part !!!!

Non, non tu n’es pas parti, on t’a fait partir, on t’a mis dehors. On t’a emporté, on t’a enlevé. C’est ce ON que je dois combattre, sur qui je dois mettre ma colère, ce ON qui nous a tour pris, qui a volé notre enfance, notre amour de père. Ce ON qui a emporté une partie de moi en même temps que le regard azur et bienveillant que tu posais sur nous.

On t’a tué.

J’ai de la colère contre les médecins, contre la maladie, contre tout ce qui a choisi de faire de moi une fille sans père. J’ai de la colère contre toi, parce que je te croyais plus fort que tout, plus fort que ce cancer, plus fort que la Mort. C’est des conneries alors ce qu’on dit aux enfants ? Que leur papa c’est le plus fort ? Je t’en veux tellement de ne pas avoir été le plus fort.

Oui je pleure encore, 18 ans après. Je ne suis que ta petite fille tu sais, je ne suis qu’une boule de tristesse et de colère, je ne suis qu’une gosse qui s’est toujours sentie abandonnée. Parce qu’un jour, il y a 18 ans, tu es mort papa.

 

 

 

 

(texte écrit le 29 janvier 2015 sur un autre blog que celui là, et finalement aujourd’hui je trouve qu’il a toute sa place ici, ça m’a donné une raison de dégager l’autre support et je vais écrire un article qui va y faire écho rapidement)

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