Je ne l’ai ni dit, ni écrit …

Une seconde, je n’ai hésité qu’une seconde.

Mais je n’ai pas pu utiliser ce hashtag de ralliement. Ce n’était pas moi. J’ai choisi de marquer mon soutien d’une autre façon.

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Parce que m’identifier au journal, à ses morts, ça n’aurait pas été honnête, et je me suis toujours voulue droite dans mes bottes de gauche, je n’ai jamais aimé porter les œillères ni vivre dans l’hypocrisie.

Si le siège du FN avait brûlé, je n’aurai pas été manifesté pour défendre leur liberté d’expression.

Et pourtant, la liberté d’expression vaut pour tout le monde.

Mais combien d’humain sont prêts à défendre ceux qui sont en bordure de l’indéfendable ? Qui sommes nous pour juger ce qui est de la liberté d’expression et ceux qui ne l’est plus ? Et quand je dis « indéfendable » je me permets de juger là aussi ce qui l’est ?

Hier, je ne me sentais pas la force de combattre pour cette liberté qui doit appartenir à tout le monde. Pourquoi interdire le spectacle de D. , les paroles de Z. ,ou les interviews de H. , si 4 à 5 millions d’humains défendent Charlie Hebdo ? Qui a plus le droit d’être défendu ? Pourquoi ?

J’ai lu CH, deux ou trois fois.  Certains dessins me faisaient rire, certains pas du tout. Je n’aurai jamais eu l’idée de protester contre leurs articles, leurs dessins ou leur ligne éditoriale. Juste je ne lisais pas.

Je les savais en difficultés financières, je n’aurais pas pris un abonnement pour défendre la liberté d’expression. Si le journal La Croix présentait des difficultés financières, je ne prendrais pas non plus d’abonnement.

Idem pour les entités cités précédemment, je n’approuve pas, je ne regarde pas, je n’écoute pas, je ne relaie pas. Je n’irai pas acheter un billet de spectacle ou un livre pour défendre la liberté d’expression. Pourquoi leur donner de l’importance si à nos yeux ils n’en n’ont aucune ?

Je ne suis pas allée manifester contre les attentats. Parce qu’un attentat est un crime, quel qu’il soit. Que la vie de 12 ou 17 ou 50 Français vaut autant que les filles du Niger, que les journalistes de Turquie ou les enfants Syriens.

Je n’ai pas manifesté pour ces morts là. Je ne manifesterai pas pour les autres. Je me regarde en face, je ne veux pas me mentir, qui suis-je pour donner de l’importance à l’un et pas à l’autre ? Puis-je être de tout les combats ? Ais-je le droit de choisir ?

Et pourtant, oui, j’ai chialé ma race.

J’ai tremblé, j’ai frissonné, j’ai vomi cette colère, cette rage et ces inqualifiables bains de sang !

Parce qu’on n’a pas le droit de mourir dans ces conditions, qu’on soit flic, catho, agent de nettoyage, psy, juif, musulman, homme, femme, journaliste ou écrivain. Non, les attentats sont dégueulasses quels qu’ils soient. Ils sont une gangrène.

Je te le dit à toi mais, tu sais, il y a 10 ans j’y aurais été, parce que je n’avais ni enfants, ni mari et que j’aurai voulu être dans la masse, j’aurai voulu « en être » , en ramener des « souvenirs – reliques » pour le raconter plus tard à la génération « Charlie »…. J’aurais sans doute pris 400 photos, j’aurais même fait des dessins et j’aurais surement écrit un article en disant « j’y étais » …

Aujourd’hui j’ai eu envie de cheminer seule, parce que le pouvoir de la masse n’est parfois tellement rien d’autre qu’un leurre …

Peur être que j’ai peur d’être encore déçue. J’ai arpenté tellement de pavés, j’ai donné tellement de tracts, je me suis battue pour que d’autres puissent conserver quelques droits. Et ça n’a rien changé. Parce qu’après les grosses accolades, après les journaux, après les rassemblements, chacun retourne à sa vie, chacun retourne à ses préoccupations premières, que vais-je faire à diner ? combien de temps dureront les soldes ?

Que restera t il de l’unité, de ce sentiment d’être ensemble ? Les lendemains sont parfois tellement tristes … il ne reste que solitude et souvenirs nostalgiques …

Je suis lucide.

J’aurai aimé me battre avec la masse pour cette liberté d’expression, pour les caricatures, pour le droit d’exprimer son avis et contre ceux qui veulent nous interdire de penser autrement.

J’aurais voulu évacuer ma colère contre ces fanatiques de la haine et ces tueurs d’humains en hurlant ce prénom ! J’aurai voulu crier avec toi que ce n’est pas ça la France ! J’aurai voulu pleurer sur ton épaule parce que, bordel, ça fait chier quand même d’en être là !

Mais finallement, c’est aujourd’hui, en pensant différemment de la masse que je me respecte le plus, en tant que moi, en tant que personne, en éteignant la télé, en choisissant les informations que je veux lire, en partageant avec mes enfants ce droit à la différence que je me sens la plus proche de cette liberté d’expression.

Ce n’est donc pas par ma liberté de penser, puisque je pense comme vous que le terrorisme est une honte humaine, que l’attentat de CH, que les prises d’otages sont une ignominie, qu’aujourd’hui je me démarque peut être, mais par ma liberté de l’exprimer comme je l’entends.

Chaque homme, chaque femme, chaque humain a choisi sa façon de se montrer vivant, de se montrer début, de se montrer libre.

En battant le pavé, en chantant, crayon au poing, la Marseillaise, en faisant une journée de dessin avec ses enfants, en regardant des fresques de la Liberté guidant le Monde, en allant au Musée, au allant cueillir des fleurs, en se regardant un dessin animé …

Je me suis sentie libre, debout et vivante quand j’ai expliqué à ma fille qu’elle avait le droit de tout penser, de tout dire, de tout écrire, de tout dessiner.

Je me suis sentie libre, debout et vivante quand j’ai entendu mon fils jouer avec un avion qui se mariait avec une poupée.

Je me suis sentie libre, debout et vivante quand j’ai entendu le rire aux éclats de mon bébé.

Je me suis sentie libre, debout et vivante en continuant de vivre, en faisant l’amour avec mon mari, en emmenant mes enfants à l’école et en choisissant de lire un Barjavel.

Je me sens en vie, je me sens debout, je me sens LIBRE parce que non, on ne NOUS fera jamais taire.

Je suis Gwen, j’ai trente ans et je n’ai pas peur de dire ce que je pense, de l’écrire ou de le dessiner !

Non, on ne NOUS fera jamais taire !!!

Ni toi qui a défilé hier, ni toi qui a dessiné chez toi, ni toi qui veut un referendum sur la peine de mort (et même si ça fait chier d’entendre ça), ni toi qui pense toujours avoir raison …

ON NE NOUS FERA JAMAIS TAIRE !

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire

(et non, non, non ce n’est pas Voltaire qui a dit/écrit ça, c’est une historienne Evelyn Beatrice Hall dans The Friends of Voltaire (sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre) qui lui attribue cette phrase – d’elle – pour illustrer sa pensée)

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Une réponse à “Je ne l’ai ni dit, ni écrit …

  1. j’ai adoré te lire, beaucoup de vérité dans ce que tu dis. Moi même je n’ai pas été défilé, mon soutien je l’ai fait sur mon blog, comme des millions de moutons j’ai mis une bandelette sur le coin de mon blog.
    Tout comme toi j’estime que chacun à le droit de s’exprimer, je pense notamment à D. et ses spectacles 😉

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