Vendredi 14 février, quand tout change

0h33

Atarax, spasfon et doliprane.
La SF m’a promis un peu de répit.

1h25

Impossible de continuer à tenir mon stylo,  je suis paralysée de douleurs, ça part du bas des cuisses jusqu’en haut des fesses. Je veux qu’on arrête tout, je veux rentrer chez moi.

(Ce qui suit est écrit à posteriori donc de la naissance)

J’ai trop mal, je ne sais pas quoi faire,  j’enfile un pijama,  je caresse mon ventre, je pleure, je me maudis de ne plus savoir accoucher. Je me rends très doucement au bureau des SF, je n’ai pas besoin de parler, elles me proposent de prendre un bain. Tout est prevu en salle de naissance,  on m’y accompagne. 

Bizarrement j’ai eu beau y penser plein de fois, je sens que c’est pas du tout pour moi.
Je galère à m’y installer, et je ne trouve absolument pas ça confortable ou calmant, j’ai l’impression que c’est une torture et que je vais mourir là. Je pleure, je pleure, je me maudis de subir ça comme une fatalité,  d’être aussi misérable et faible. Je me sens nulle. Une étudiante SF arrive, m’aide à sortir, me parle, me tiens la main, me caresse les cheveux.  Physiquement ce contact m’apaise,  me calme, on est en salle de naissance,  la 1, il fait nuit dehors, je retrouve un peu de courage, me hisse sur la table, je commence à accompagner mes contractions de bruits graves que je ne contrôle absolument pas, j’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre qui crie et gémit.

L’étudiante SF me demande si j’accepte un TV, et elle attend mon autorisation pour le faire, elle me regarde, elle me tient la main. Je suis à 4.
Je suis à 4.
Je lui demande de répéter,  de me dire ce que ça veut dire alors elle me dit cette phrase que j’avais besoin d’entendre : oui oui vous êtes en travail !

Elle me demande ce que je souhaite,  elle sait que je ne voulais pas de peri,  elle essayera de m’en dissuader plusieurs fois, me proposant dautres alternatives.  La SF arrive, je confirme mon désir de péridurale,  l’étudiante SF me demande si je souhaite appeler mon mari, je lui confirme le numéro,  mon Dragon répond à la première sonnerie,  je suis expéditive : j’espère que tu as dormi, j’ai besoin de toi maintenant,  elle arrive.

L’étudiante SF est toujours là, elle me propose d’évoquer mes peurs pour la péridurale.  Je craque,  je pleure, je lui raconte comment j’ai souffert de la péri pour N1, que la pose était une torture et que je suis passé à côté de la naissance se ma fille, je lui explique la péri pour N2, trop tard, lui faisant promettre de l’examiner juste avant la pose, je lui dis que j’ai peur d’avoir mal, encore et pour rien, je lui dis que je me sens nulle de ne pas gérer sans péri,  que je ne trouve pas la force que j’avais pour mon fils, que je ne mérite pas d’être une mère.  Je m’entends dire ça comme si ça venait de quelqu’un d’autre.

Mon homme arrive,  en même temps que l’anesthésiste. Il est 3h30. L’étudiante SF m’examine.  Je suis à 6. Ça va très,  trop vite. L’anesthésiste me sourit,  me touche la joue et me dit que je ne sentirais pas la pose et qu’elle restera jusqu’au bout pour me proposer une alternative (seringue de dérivé morphinique) si jamais …

La SF me prend dans ses bras pendant la pose. L’étudiante est à mon oreille, elle m’aide à gerer ma respiration.  Et puis je m’allonge. Je n’ai rien senti.

Merde. Ça pousse. Je regarde l’étudiante,  elle a compris. Elle regarde. Je suis à 9.
L’anesthésiste est confiante, elle caresse mon ventre. La SF appelle le chef de service,  le Professeur D, par sécurité il a demandé à être appelé. Mon homme est derrière moi, il me masse les épaules et la nuque. Je ressens son souffle, c’est chaud, c’est bon. On m’aide à gerer l’envie de pousser, mais je n’arrive plus, je pousse, la poche des eaux claque.

La SF me demande si j’accepte une épisio de précaution,  parce que si la puce coince il faudra agir vite et la déchirure sera inévitable et sûrement assez conséquente.  J’accepte sans sourciller.  Je suis à 10. Il faut que je tienne jusqu’à l’arrivée du gynécologue.  Je souffle sur la poussée,  la puce descend tout doucement. Je n’ai plus aucun ressenti de contraction, par contre ce besoin de pousser ne cesse pas. L’anesthésiste me glisse un petit « courage » à l’oreille,  puis part s’asseoir plus loin dans la salle. Le professeur D arrive. Il enfile une blouse façon plastique et me touche le bras. Il est là au cas où, et compte bien ne pas intervenir nous assure t il.

On remonte mes jambes, mes pieds sont au niveau de mon bassin, la SF place son coude près de mon ventre pour décoincer la puce comme son frère l’a été 4 ans plus tôt,  l’étudiante est entre mes cuisses. Le professeur D est près de mon bras droit L’auxiliaire est à ma gauche, mon homme est derrière moi. Je me sens en pleine confiance,  l’équipe au complet est là,  c’est à moi et à moi seule de jouer.

Et je pousse, je pousse, je pousse, je n’arrête pas, l’envie,  le besoin, la nécessité,  je pousse, he pousse,  dans ma tête je vois ma fille sortir. Je tends les bras, je l’attrape.  Le cordon est trop court, c’est l’étudiante qui le coupe. La puce est de suite posée à mon sein. Elle l’attrape seule. Je suis bluffée.  Elle ressemble tellement … à nos enfants !

Le placenta sort,  il manque les membranes. L’étudiante SF s’excuse,  je mets 2 minutes à comprendre ce qu’elle fait… Je ne sens rien. Je suis focalisée sur ma fille. Je dis à mon homme de prendre une photo du placenta, à chaque accouchement j’ai demandé à le voir mais j’ai toujours oublié sa tête … Cette fois j’aurais l’image ! Je demande l’heure de naissance,  4h10. Waw. La plus tôt de mes enfants,  en étant aussi la plus tard … et il pleut. Tu es bien une bretonne !!!

Mon amoureux emmène la puce pour la pesée. A l’oeil on ne te donne pas 3,700 kilos. Mais dans les bras, le professeur D et l’auxiliaire mise un jeton sur 4 kilos. La balance de la salle indique 3,650 kilos. LOL. Le professeur D prend la mini Princesse,  la soupése dans ses mains et l’embarque avec mon homme et l’auxiliaire dans la salle d’à côté 4,170 kilos. Mieux. 53 cm. Non étirée précise l’auxiliaire.  Tu ne rentreras pas dans ton pijama choisie par ton père.  Oups. Jolie Gambas !

Mon homme prend la puce en peau à peau, l’étudiante me fait 2 points (le minimum que j’aurais eu sur 3 bébés avec celle qui pesait le plus) et la SF me nettoie. Le gynécologue revient me dire bonne nuit, nous félicite et nous souhaite une bonne St Valentin. Je n’y pensais plus. Mon homme me regarde, il pleure. Je pleure aussi.

On remontera en chambre à 7h, après avoir remercié très chaleureusement la SF et son etudiante qui ont été absolument formidables, disponibles,  à l’écoute et vraiment attachantes. Je savoure ma chance,  j’ai été la seule femme enceinte dans le bloc d’accouchement entre le 13 au soir et le 14 après midi. Une équipe complètement dévouée à mon accouchement qui même médicalisé a été très humain.

Je n’ai aucun regret sur cette naissance.  Elle s’est déroulée comme elle a pu. On a remit les clés de l’accouchement à une équipe qui est restée absolument formidable du début à la fin. Je ne me suis à aucun moment sentie obligée de quoi que ce soit ni soumise à la volonté d’autrui ou encore abandonnée. Chaque seconde de la nuit a été absolument humaine.

Et c’est sans regrets que je tourne la page de l’album grossesse,  preuve s’il en fallait une, la disparition totale de mon ventre le lendemain de la naissance …

Je suis maman de trois. 

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13 réponses à “Vendredi 14 février, quand tout change

  1. je suis en retard mais je suis impatiente de lire la suite, vite vite j’y vais!!!
    déjà plein de frisson à vire ton accouchement quelle plume tu as !!!

  2. Une grossesse savourée jusqu’au bout, une grosse frayeur, une longue attente stressante et finalement tout va si vite pour un magnifique bébé 😉 Bravo pour cette belle naissance, jamais comme on l’imagine, mais toujours tellement forte (et ce personnel qui t’a accompagnée semble être tellement génial…!).

    Du bonheur avec tes 3 amours, c’est merveilleux, maman de 3 ! Bisous !

  3. ouf quel beau récit, que de souvenirs tu me remets aussi pour moi
    jen ai les larmes au yeux….
    bienvenue a cette belle puce!
    mais un truc que jai pas compris tu as eu une extraction abdominale par la sf?je croyais que ça se faisait plus….

    • J’ai eu un mac Robert (coude sur mon ventre) à cause de la dysplasie des epaules 😉 manoeuvre courante déjà eu pour N2 …

      Et une révision utérine pour les membranes de la poche des eaux 😉

  4. Article émouvant au possible……. bravo à toi mine de rien tu as géré…. bienvenue petite poupette qui doit combler ses parents de bonheur……. des bisous à vous 5

  5. ça fait très longtemps que je n’ai pas pris le temps de poster un petit commentaire ici, mais là, je voulais absolument de féliciter. Je lis chaque article tous les jours, et je dois t’avouer que je viens d’essuyer quelques larmes d’émotions. J’adore comme tu as relaté ta grossesse, ton accouchement. Félicitations, jolie maman de trois. Et bienvenue à Princesse ❤

  6. Article très émouvant, j’ai eu les larmes aux yeux tellement c’était beau ❤
    Merci de nous avoir fait partager la naissance de ta puce. Je vous souhaite plein de bonheur ❤

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