Le lendemain de Noël

Elle est forte qu’ils se disent. Elle est là,  immobile,  le ventre rond, elle ne tremble pas, ne vacille pas. Elle semble en dehors du temps.

Personne ne remarque les larmes retenues par ses paupières. 

Moi je sais, parce qu’ Elle, c’est moi.

Je suis complètement impuissante face à l’absence,  face au vide, face au temps.

Mon seul réconfort aura été de faire en sorte que les enfants soient en sécurité chez des amis et ainsi libérer la babysitter. Tout ça à distance, tout ça sans perdre le contact visuel avec la porte des Urgences au cas où on viendrait me chercher.

Je me sens démunie.  Je ne sais pas ni comment aider mon homme en étant maintenu loin de lui, ni comment faire defiler le temps jusqu’à nos retrouvailles.

Mon homme s’est rendu à 13h30 aux Urgences.  Sur commandement du medecin généraliste vu auparavant. 

A 15h30 je rejoins les Urgences moi même, demandant après lui.
La secrétaire me confie dans un demi chuchotement que le service est débordé,  que mon mari sera examiné autour de 17h30, qu’il a ete installé en box pour differents examens depuis déjà 2h et qu’il faut patienter encore 2h. Elle passe un coup de fil en interne, et me confirme que ma presence n’est pour le moment pas souhaitable mais qu’un medecin va venir me voir.

Le sol se dérobe.

Je regarde autour de moi, dans cette foutue salle d’attente,  des mères,  des pères,  des fatigués et des qui semblent malades …

Je préfère m’asseoir en dehors de cette espace microbien et choisit une petite chaise près de la machine à café dans le couloir. Esperant sans doute croiser le regard d’un medecin …

Mon homme est arrivé avec une lettre du medecin. Médecin qui a aussi prevenu les Urgences de l’arrivée de mon mari.
4h d’attente.
Je ne sais pas si je dois trouver ça atroce ou rassurant.
Ce serait un vrai soulagement si je pouvais être sure qu’il a été traité par priorité médicale,  si son cas n’est pas prioritaire face à l’intoxication alimentaire de papi ou des sutures de Robert qui a perdu le combat face aux huitres, alors c’est que le pré diagnostic du généraliste n’était pas probant … non ?

Violents maux de tête,  vomissements répétés,  photophobie,  difficultés à parler, à marcher …

On a commencé à parler méningite,  AVC, tumeur …

Voilà. 
Voilà pourquoi jai mon cahier dans les mains et mon stylo qui gratte.
J’exteriorise mon angoisse et ma colère face à un silence plombant.

J’essaie de garder en tête que mon ventre rond doit etre plus que tout préservé et que mon homme est dans un hôpital.  Un lieu où on sauve des vies.
Enfin quand même quoi !
S’il y a un lieu où il est en sécurité c’est forcément là !

Je cherche des yeux le medecin ou l’infirmière qui m’apporterait des nouvelles rassurantes. Pour l’instant je n’ai eu que la liste des diagnostics potentiels et des examens en cours ou à venir.  Chaque examen ecarte une maladie … et pousse à en envisager une autre.

Je suis impatiente de rejoindre mon mari.
Je veux lui dire que j’avais raison, qu’il n’a rien, qu’il est une chochotte et que notre généraliste est vraiment trop alarmiste. 

Non.

J’ai juste envie de le voir, de lui dire a quel point je l’aime et comment je souffre d’imaginer une seconde son absence pour l’éternité.  Je veux lui dire quel supplice intolérable ce serait que de rester à jamais seule sur cette chaise …

Il doit être 16h30.
Je ne sais pas.
Il n’y a pas de pendule et j’ai éteins mon téléphone.
Il fait sombre dehors.

Il est maintenant 18h07
Mon téléphone est allumé.
Je suis dehors.
J’ai froid.
Il pleut.
Je pleure.

Mon mari a passé plusieurs examens,  la piste du problème cérébral semble s’éloigner de plus en plus. Par sécurité la surveillance va se poursuivre cette nuit. Il a été placé en observation,  j’ai pu passer 1h avec lui. J’ai pu rencontrer les médecins.

Je suis effondrée de chagrin d’être loin de lui ce soir.
Je suis juste devant sa fenêtre.
J’aurais voulu rester dormir près de lui.

J’ai pu l’embrasser,  lui dire comme je l’aime et à quel point il n’est pas envisageable qu’il y reste.

Il était sous anti douleurs, un peu éteint,  un peu triste.
Je l’ai laissé là,  espérant que non ce ne serait pas notre dernier baiser.
Parce que putain de bordel de merde, y a pas moyen quoi.

La soirée et la nuit n’a été pour moi que l’enchaînement d’automatismes et de crises de larmes à l’abri des regards de mes enfants.  Réfugiée avec eux chez des amis j’aurais voulu boire jusqu’à épuisement et fumer jusqu’à dormir … Je me suis contentée d’un matelas et de mes enfants contre moi. L’essentiel.

Bien sur que non, je n’ai pas bien dormi. 
Mais qu’importe.
Mon homme non plus.
Plusieurs résultats sont arrivés dans la nuit, il fallait poursuivre certaines recherches.

C’est au cours de la matinée que toutes les cauqes « physiologiques » ont été écartées.
Restait alors à faire intervenir un nouveau medecin en concordance avec le medecin de la douleur qui suit mon mari pour son algodystrophie. Le psy.

Nouvelle chambre, nouvelle procedure, nouvel interrogatoire.
Et un diagnostic.
La dépression.

Pas la déprime.
La dépression.

Antidépresseurs.

Plusieurs heures avec le spécialiste et le médecin de la douleur.

Le dialogue qui s’installe enfin.

Les insomnies,  les peurs de ne jamais retravailler,  la douleur qui ne cesse jamais,  la faiblesse à chaque ballade, la honte de ne pas assurer,  le sentiment que notre futur bébé ne verra jamais son papa autrement que prostré de douleurs et incapable de rien.

Le miroir.
Mon échec à moi, son épouse,  d’avoir été incapable de le retenir dans cette chute.

Le retrouver, enfin, le serrer dans mes bras,  l’embrasser.
Lui dire encore combien je l’aime.
Essayer de trouver les mots.
Être en larmes.
Être maladroite.
Et répéter,  encore, que je l’aime.
Plus que tout.

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15 réponses à “Le lendemain de Noël

  1. Courage ma grande… J’ai été très touchée par ton article..
    Je vis aussi la dépression de mon homme. Je me sens impuissante alors que je l’aime et que je n’ai pas pu/su le retenir dans cette chute à cause du travail 😦
    C’est difficile, il faut du temps… Restez soudés, l’amour, votre famille et bientôt bébé , ce sera peut être un renouveau pour lui ? Continue d’être la pour lui, vous allez vous en sortir ❤
    Je t'envoie toutes mes ondes positives.

  2. les larmes aux yeux,, je t’embrasse, je crois en toi et je sais que tu es forte, je pense bien à toi et te souhaite beaucoup de courage et de douceur pour continuer , car tout évolue, et la douleur qu’on écoute, ça fait déjà du bien….pour ton mari meilleures pensées
    mille bises à toi …

  3. Parce que je sais ce que c’est la douleur continue et la dépression je peux t’assurer que tu n’y est pour rien et que le cerveau fait oublier dans ces moments là que l’on est épaulé.
    Il va reprendre pied mais ça va être long et faudra le soutenir comme tu le fais déjà 😉
    Bisous

  4. Les larmes aux bord des yeux, je vous souhaite beaucoup de courage et espère de tout cœur que d’ici quelques temps, ça ira mieux.

  5. Article très émouvant… Bon courage

  6. Fort, poignant… Je suis très touchée par ton texte. J’espère que tout va s’arranger, que ton mari va se relever. Il est entouré d’amour, d’une femme merveilleuse qui se bat déjà pour lui, et d’enfants qui vont mettre de la vie et des rires dans son quotidien. Je vous souhaite à tous, du courage dans ces épreuves…

  7. par ce quil ny a pas de mot juste ❤ tu es là pour lui je crois que ça vaut tout.
    des bisous

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