Je me souviens

Je n’étais pas sûre de vouloir en parler, mais le sujet me touchait. Je pensais être neutre face à « ça » et je m’aperçois que ça me touche encore.

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La photo vient de Google, en cherchant une image, c’est celle qui m’a le plus touché, peut-être parce que j’y vois des mains d’homme, près à devenir Père, et qui, par le contexte de la prise du mot fausse-couche, ne le sera pas cette fois ci …

Je me souviens.

C’était en hiver. Ça a commencé en décembre 2007. Ça c’est terminé en janvier 2008. Ma fille n’avait pas un an. Je prenais la pilule. Daily Gé.

Je m’en souviens.

J’ai eu des pertes roses, le truc qui m’avait alerté sur ma première grossesse. Le doute.

Je travaillais alors sur Paris, je passais un BTS en alternance,  je m’arrêtais à Gare du Nord le lundi matin, pour aller à l’école. Ce matin là, je me souviens, il pleuvait.

Je me suis arrêtée au laboratoire, j’ai fais une prise de sang, j’ai demandé un dosage directement.  Je suis repartie à l’école, je n’ai pas pu penser à autre chose de la journée. J’en ai parlé à tout le monde. J’ai pleuré. Beaucoup.

Je n’ai pas eu le courage de téléphoner au labo à midi. Je savais.

Je m’y suis arrêtée avant de reprendre mon RER. Il etait 17h30, 18h … J’ai pris la feuille, réglé la prestation,  et suis sortie.

Dehors les copains de BTS m’attendaient. Il pleuvait.Je restais là sous la pluie, avec eux, prostrée. Je savais.

Un taux très haut.  Enfin, plus haut que ce que j’avais vécu avant. Un sentiment de colère m’a envahit, pourquoi moi ? Et de honte aussi, comment j’ai pu merdé à ce point ? Est ce que j’ai oublié un comprimé ? Est ce que j’ai bu au point de zapper un jour ? Est ce que j’ai vomi ? Est ce que j’ai pris un medicament incompatible ? Je ne me rappelle pas !

J’ai appelé mon homme, j’ai annoncé froidement que j’étais enceinte mais que je n’en voulais pas.

Je pleurais.

Sur le quai du RER j’ai appelé ma gynécologue,  elle m’a félicité.  J’ai expliqué que non, je n’en voulais pas. Elle m’a dit ne rien pouvoir faire pour moi, de chercher un autre medecin.

J’ai appelé l’hôpital d’Évry, ils m’ont orienté vers un gynécologue de mon quartier, pour une datation, et un suivi pré-IVG.

J’allais mal, j’étais soulagée de trouver une « solution » mais j’allais mal. Je rentrais,  voyais mon homme souriant,  en disant à notre fille qui n’avait pas un an qu’elle serait grande sœur.

Outch.

J’étais nulle. J’allais bousiller sa joie. Mais moi, moi là, je n’en voulais pas. Je l’ai maudit de me mettre son bonheur dans la gueule. Je me sentais coupable maintenant.

Et cette alarme de rappel  « pilule ». Cette blague.

Une nuit de larmes.

Je ne sais absolument pas comment mais quand je suis arrivée à l’école ce matin là,  j’étais souriante,  j’ai annoncé que j’allais le garder.

Je ne le pensais pas.

Chaque instant de cette journée et de la semaine qui a suivi j’ai espéré voir un flot de sang m’envahir. Rien. Nada. J’étais condamnée.

Et puis le week-end est arrivé,  je me souviens,  on a parlé,  avec mes parents, mes sœurs, mon amoureux.

Et j’ai accepté. Accepter l’idée de ne rien décider, de laisser la nature faire ce qu’elle voulait, accepter de peut être être à nouveau maman,  d’être à nouveau enceinte, de redonner la vie…

Je me souviens de l’ambiguïté de dire au médecin que je n’arrivais pas à décider. Que je ne voulais pas décider,  que j’allais avoir un bébé parce que j’avais choisie de faire l’autruche.

Et la descente aux enfers.

Le point qui ne clignotait pas. Le regard gêné du médecin quand il retira la sonde et que du sang coula.

Le flou des heures qui ont suivi.

A trop souhaité la mort je l’avais obtenu.

Coupable d’avoir souhaité que tout s’arrête.

J’avais ce que je méritais, du sang entre les cuisses et un ventre vide.

La déception de mon mari a été le plus difficile à voir. À assumer aussi,  j’étais le ventre, j’étais la responsable.

J’ai fait une sorte de dépression,  j’ai mis du temps à me relever.

J’ai écrit à ce bébé qui n’est jamais né,  pour lui dire que je ne regrettais rien. J’assume tout maintenant. J’ai voulu prendre la meilleure décision, j’ai essayé de me faire à l’idée, j’ai voulu prendre tout les avis en compte.

La FC est ce qui m’est arrivée à la fois de mieux et de pire, elle m’a éviter un avortement ou une grossesse de contraintes, et elle m’a rendu terriblement fragile émotionnellement. La culpabilité de celle qui a attendu que la nature décide pour elle.

Elle m’aura convaincue que la femme est la seule décisionnaire de ce qui peut arriver à son corps, que prendre une telle décision doit se faire sur un seul facteur, ce que veut la femme. Je sais qu’en réalité la tentation est grande d’impliquer son conjoint. Mais dans les faits, soit vous êtes d’accord et c’est du soutient bonus,  soit pas. Et là il y en a un des deux qui aura à vie l’impression de sacrifier quelque chose, je ne sais pas si le couple se relève de cela.

Aujourd’hui je m’apprête, avec mon mari, à faire un bébé,  un troisième enfant.

Ce serait donc, si cela fonctionne,  une quatrième grossesse.  Parce qu’elle a existé.  Parce que j’en ai gardé des traces, dans mon cœur et dans ma chaire.

Parce que je me souviens.

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10 réponses à “Je me souviens

  1. Un très joli discours en tout cas. Comme quoi, il suffit desfois d’une nuit, d’une semaine pour se poser plein de question de ne plus savoir ou on en est, mais que tout est à nouveau à l’endroit.

  2. ça me touche auj car ma filleule de 22 ans vient de faire une ivg, et elle a tellement hésité…
    avec son conjoint (dont elle s’était séparée pour un coup de tête le mois d’avant!) ils ont décidé de faire ceci pour repartir sur des bases plus solides, seuls et ensemble ….
    compliqué, tout ça …
    meilleurs voeux pour toi et grosses bises !!!

  3. Une Fc on s’en remet pas. Moi non plus, je n’en voulais pas. Finalement ça m’a évité l’avortement. C’est peut-être d’ailleurs pour ça qu’à l’heure actuelle, je ne veux toujours pas d’enfants, je me sens incapable d’en assumer un. Ce qui va être un véritable problème plus tard, il en veut, j’en veux pas et plus on me force sur le sujet, plus ça me bloque.
    Ce jour-là, j’ai une petite chance, j’ai croisé la route d’un chaton, ça m’a comme qui dirait aidé en parti a oublier un peu, ça parait con mais je me suis accrochée a la vie de ce chaton alors que lui je l’avais tué 😦 .
    De toute façon, je ne pense pas que j’aurai des enfants, c’est pas fait pour moi tout ça 🙂
    Bisous

    • C’est parfois dur, parfois compliqué. Il y a des jours où on y pense, des jours où en le zappe. On ne sait pas de quoi l’avenir est fait 🙂

  4. C’est très touchant, je te comprends… Je vous souhaite de tout coeur de vivre pleinement l’arrivée de votre futur bout de chou 🙂 Plein de bisous

  5. Faut pas me faire lire ça avant de commencer ma journée, je vais être toute triste!!! j’en ai les larmes aux yeux…Même si je ne suis pas mère (par choix) je comprends ce que tu ressens..

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