Philosophons – le danger d’un métier passion

Je regarde les anciennes générations. Personne ne cherchait à s’épanouir dans son travail, on prenait ce qui venait, les ainés faisaient des études de médecine ou de droit, les derniers allaient à l’usine ou dans l’armée. On travaille dur et beaucoup.

Mon grand père me disait, bien avant de quitter ce monde, qu’il n’aimait pas son travail à l’usine, et que c’était tant mieux. Car aimer son travail c’est s’y investir. Beaucoup. Y penser souvent, en ramener à la maison, et voir le risque que cela empiète sur la vie personnelle, sur la famille.

Mon grand père aimait me dire combien il était fier de travailler durement. Il me disait que la seule force venait de ma grand mère et de leur 10 (ouais je sais, sont fous!) enfants, auxquels il pensait chaque minute à son travail. Il n’avait qu’une hâte, finir vite, très vite sa journée de labeur pour rentrer retrouver les siens. Il aimait à répéter qu’il partirait n’importe où, faire n’importe quoi pourvu qu’il ait sa famille à serrer chaque soir dans ses bras.

Je regarde à nouveau autour de moi, nombre d’amis font partis de cette génération « épanouissement professionnel » et malheureusement tous n’ont pas la vie personnelle du même niveau. Ils sont nombreux à s’épanouir au travail, tellement qu’ils y font des heures gratuitement, qu’ils en ramènent à la maison, qu’ils rateraient sans une larme un anniversaire pour une très très importante réunion et éventuellement qu’ils ne déménageraient pas au risque de perdre leur confortable fauteuil de bureau pour suivre un conjoint qui évolue. Mes amis ont dans les bientôt 30 ans, ils commencent à s’installer en couple après 4 ou 5 ans de vie pro. Et je n’en connait aucun prêt à sacrifier sa vie pro pour sa vie perso. Tous (et toutes) me disent que le conjoint (futur) devra se faire sa place lui même au milieu des dossiers : Parce que le plus important c’est le travail, faut bien gagner sa vie tu vois ?

Je me rends compte que c’est ma chance à moi. De ne pas avoir de travail-passion. De ne travailler que pour ramener de l’argent. Je ne cherche pas à me faire plaisir pendant 35h/semaine, je cherche à ramener un smic (même un peu plus) tout les mois pour qu’on se fasse plaisir en famille ensuite. Je n’ai pas envie d’heures sup’, je n’ai pas envie de penser au travail, ni 5 min avant de sortir de chez moi, ni les 3 min avant d’y retourner. Je n’ai pas envie de raconter ma journée, j’ai envie de dire à mon mari que je l’aime, à mes enfants qu’ils m’ont manqué.

Le Dragon a un travail-passion. Je n’aime pas qu’il me raconte sa journée, ça me passe au dessus (la tomate a sauté par la fenêtre avec le sac du concombre, et ce petit enculé de radis a tenté de se barrer dans un colis d’avocat destiné à la benne) … Je n’aime pas qu’il aille faire un tour au boulot le ouikenne ou pendant ses vacances, je n’aime pas qu’il cause de ses collègues comme des copains, je n’aime pas qu’il fasse visiter ses bureaux comme si c’etait un appartement. Mais je le supporte. Il est heureux avec son taf-passion.

Mais la conséquence directe est qu’il n’y a pas autant d’investissement dans notre couple que moi ce que j’en mets. (Note la phrase très peu claire!) Il n’a pas cette hâte de rentrer à la maison quand vient la fin de journée, il peut allègrement arriver 2h plus tard que prévu, sans prévenir. Ha bah ma bonne dame, il ne peut pas envoyer un texto, il ne pense pas à moi, il pense au taf et à ses putains de tomates qui lui font les gros yeux ! Il peut oublier un anniversaire, une sortie prévue, une liste de courses, un rendez vous chez le medecin. Parce que sa tête est programmée sur « concombre et courgettes Vol 3 » et non sur « j’entretiens ma vie de famille ».

Et ça fait mal. Parce que je ne suis pas comme ça. Parce que je sais que si je ne travaille pas j’ai le reste, et je ne comprends pas qu’on puisse prendre le risque de tout saloper et de n’avoir qu’un travail… Parce que parfois j’ai l’impression de porter seule notre vie de famille. Parce que je suis triste de ne pas savoir lui apporter ce qu’il aurait besoin pour qu’il est envie de lâcher son taf pour passer du temps avec moi.

Mais je me dis quand même que j’ai de la chance, il aurait pu être passionné par l’élevage de cochon ou le ramassage des volailles … les boules !

Photo avant nettoyageBase Blanche Kryséis, 285 VéraValenti x2, Topper Essence Circus Confetti,  Express Dry Drop Essence – ceci est un hommage ( de son vivant) à la Reine de la pause de peinture sur ongles, la Grande prêtresse du pinceau OPI, la Star de la french manucure, VEF !

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23 réponses à “Philosophons – le danger d’un métier passion

  1. Je suis dans la même vision que toi. Avoir un travail-passion peut vite devenir très lourd à gérer… pour ne pas dire emmerdant. Pour ma part, je préfère passer ma vie de famille avant tout plutôt que les nanards du boulot…

  2. J’ai un boulot qui me plait, dans lequel je m’investis mais sans jamais faire passer ma famille avant.
    Comment expliquer : avant de partir au boulot, je n’ai pas envie d’y aller, mais une fois que j’y suis, ça va, j’ai des collègues super, j’aime ce que je fais. Par contre, je ne resterai pas des heures après non plus, je préfère rentrer, et je m’arrange pour en faire le minimum chez moi ^^

  3. Ton article me parle beaucoup aussi. Je suis justement entrain de réfléchir à quitter mon boulot auquel je donne beaucoup de temps, pour me rapprocher de ma famille pour passer plus de temps avec eux et mon fils.
    Bien sûr l’idéal serait un équilibre famille / boulot 😉

  4. J’ai adoré ton article, je le trouve très bien écrit, très plaisant à lire, et si vrai ! J’ai moi aussi tout plein d’amis de 25-30 ans qui ont du mal à s’engager dans leur vie de couple et mette leur vie professionnelle au premier plan (et pour longtemps).
    Fort heureusement pour moi, mon homme n’est pas comme ça, et moi non plus. Mais il change de boulot et prend des fonctions bien plus importantes à partir de septembre, et je suis un peu angoissée à l’idée que cela change…
    On verra bien ce qu’il en est, en tout cas je compatis à ton sentiment de « déséquilibre » entre vie active / vie perso par rapport à ton chéri. J’espère que cela passera…

  5. Hum il est aussi possible d’avoir un équilibre. De passer de bons moments au travail, d’aimer ça, de s’y plaire et de s’y épanouir, et d’avoir aussi envie de rentrer tôt, et le faire. On peut kiffer son boulot et sa vie de famille, et je dirais même qu’il faut rechercher ça, parce que la vie est bien courte pour passer toutes ses journées à regarder l’heure :/

    • je sais bien mais c’est difficile de trouver cet equilibre entre l’investissement de vie de couple et l’investissement de vie pro. Quand tu bosses le soir, que tu t’es fait gueuler dessus par ton boss, que t’as enchainé les merdes, les bouchons au retour, une vraie journée pourrie en somme, contre qui tu te defouleras en rentrant ? qui fera trop de bruit en jouant ? je ne parle pas pour toi, mais 80% des parents en depression sur un plan proffessionel le font rejaillir sur le conjoint ou les enfants …

      • Oui c’est vrai je comprends mieux ton point de vue. C’est parfois difficile de faire la part des choses quand on a passé une journée de merde (qu’on n’aime ou pas son taf).
        Pas facile de choisir entre commencer par un taf juste pour payer les factures, le temps que les enfants grandissent, et risquer d’avoir du mal à trouver ensuite un poste sympa, et démarrer sur un travail qui nous passionne et risque de nous faire passer à côté des premières années avec les enfants… En somme est-ce qu’on préfère regretter de n’avoir pas fait carrière ou de n’avoir pas vu ses enfants grandir ? Je suppose que chacun doit trouver sa réponse (pour moi, c’est famille d’abord, mais je conçois qu’on puisse préférer son travail)

        • oui c’est exactement ça, genre « c’est quoi le pire » c’est dur de choisir. J’ai regretté d’avoir perdu les deux premières années de ma fille en me noyant sous le taf et le diplome et en même temps j’en suis fiere. Et là je sature d’etre à la maison depuis 16 mois avec le petit dernier !

  6. sympa ta manicure, plein de pep’s !
    alors je ne partage pas ton point de vue, j’aime mon boulot (et pourtant je travaille dans un supermarché, donc rien de glorieux non plus) mais j’aime m’occuper de mes rayons, ranger, refaire des implatations, faire mes commandes etc….. et pourtant une fois que je ne suis plus au boulot, je n’y pense plus ! je pense qu’on peut aimer ce que l’on fait sans en être esclave ! il y a tellement de gens qui n’aiment pas leur boulot et ça se resssent totalement ! j’estime que quand on a la chance d’avoir un boulot on le fait correctement, je ne dis pas que tout ceux qui n’iament pas leur boulot ne le font pas correctement, mais malheureusement il y en a beaucoup et ça me rend dingue ! enfin bref, je ne vais pas debattre sur le mauvais boulot, autrement je n’en finirais pas ! mais je pense quand même que d’aimer son boulot c’est quand même plus agrèable que d’aller au boulot contraint et forcé !

    • je suis d’accord dans cette quète de l’equilibre idéal mais il est bien rare de le trouver, si tu aimes ton taf, tu ne refuseras pas des heures sup’ qu’on te demanderas, tu finiras ton rangement de rayon alors même que ta journée est fini depuis 10min… Tu ne laisseras pas tout en plan pour rentrer retrouver ta famille …

  7. Je n’arrive pas à comprendre les gens qui font passer leur boulot avant tout le reste. Par contre, de mon point de vue, c’est important d’avoir un travail dans lequel on s’épanouit. Je ne me verrai pas rester dans un boulot qui ne me plaît pas du tout. On y passe quand même une grande partie de sa journée.
    Pas sur que mon commentaire te soit d’une grande aide, mais juste pour dire, qu’il peut y avoir plusieurs points de vue, des compromis, et on ne fait pas forcément tout pour son boulot ou tout pour ça famille, mais on peut avoir envie/besoin d’être bien dans les deux 😉

  8. ben ya une difference entre kiffer aller travailler et kiffer travailler plus que sa famille. Dans ton article on dirait que tu en souffres, dans ton commentaire on dirait que  » ça passe ». Donc en gros, je sais pas quoi te dire. Mais je te fais des calins 😀

    • bah pour faire simple c’est une autre façon de penser/vivre. Il aime sa famille, mais il aime aussi son travail, CQFD il ne fera jamais croire qu’il est malade pour rester au lit avec moi un lundi matin. ce que moi j’ai déjà fait (et pense refaire un jour) 🙂 Juste moi je sais que je n’aime pas travailler (je suis une feignasse de base) je veux gagner des thunes sans m’arracher les cheveux pour un taf CQFD je vais me mettre au loto 🙂 non mais sérieusement ouais il m’arrive d’en souffrir parce que je me dis que si par hasard je tombais amoureuse d’un taf, qu’adviendrait il, qui s’occuperait de nous , de notre couple ?

  9. Tu devrai faire lire cet article – très touchant – à ton homme.

    • en fait c’est justement après en avoir parlé de longues heures entre deux verres de Martini (Whisky pour lui) que m’est venu l’envie de l’écrire 🙂 il sait tout ça, je pourrai même faire une sortie de « le Dragon répond » 🙂 🙂 lui ne veut pas travailler dans un endroit où il ne kiffe pas sa race, donc pour lui il faut qu’il kiffe son taff, donc voilà, il est amoureux des radis, qu’y puis-je ? 🙂 bref, il sait et on en a bien parlé et à chaque fois ça se finit pas « tu verras, un jour toi aussi tu aimeras aller travailler, y a pas que notre couple dans la vie » Huhu^^ j’ai hate d’y être tiens !

  10. J’adore ta manucure. Vraiment !

    Sinon pour parler de choses moins futiles et en venir au coeur de ton article : avant, je faisais passer mon boulot avant tout. Depuis que j’ai rencontré mon ours, je fais passer ma famille avant le reste. J’avais choisi un boulot « alimentaire », en-deça de mes qualifications et diplômes, pour passer du temps chez moi. Et lui n’a qu’une envie quand il est au boulot, rentrer à la maison. On parle de son job entre nous, parce qu’il a toujours des anecdotes rigolotes à me raconter, et que j’aime bien partager ces moments de sa vie. Mais quand il doit partir, il me dit « j’ai pas envie d’y aller », et pendant qu’il est parti, c’est « j’ai hâte de rentrer vous retrouver ». Et s’il doit bosser le jour de mon anniversaire, il pose une journée pour le passer avec moi…

    Il n’aurait jamais pensé devenir comme ça. Comme moi je n’aurais jamais pensé le devenir non plus… Mais j’avoue que c’est chouette…

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