Ma chère amie,
Permets moi de te tutoyer et de te désigner comme mon amie, toi qui m’a livrée par deux reprises. Un baluchon d’abord rose, puis un second, un bleu. Il y eut aussi ce baluchon vide un jour d’hiver, je n’en n’ai pas fait cas, j’ai cru à une mauvaise blague. Et je t’ai attendu ces jours derniers, le cœur lourd, le cœur serré, finallement tu n’es pas venu, étonnement c’était prévu que tu ne puisses pas entrer, porte close tu aurais dû trouver. Même si finallement, nous avions laissé la fenêtre ouverte … Mais bref.
Aujourd’hui, je t’écris pour te recommander une adresse pour ta prochaine livraison. C’est dans le nord. Oui je sais, le froid, la pluie, leur accent. Mais je t’assures qu’ils sont gentils.
Ils ne demandent qu’un baluchon, un rose, un bleu, peut importe, tu prendras ce que tu as en stock. Si tu as du double, tu peux y aller aussi. Le triple se fait rare, mais sait on jamais, fonce quand même !
Je t’aiderais pour ton plan de route, je t’offrirai un GPS, je te fabriquerais un pull-over et un kaway.
Dis ma jolie cigogne, toi et moi, on se connait bien, je t’avais déjà repérée en terre natale, tu squattais le toit de ma grand mère, par 10 fois tu as lui livré un baluchon avant d’aller voir ailleurs.
Je t’avais pris en photo, j’avais même dis qu’un jour tu viendrais chez moi. Je t’ai bien reçu je crois, puisque tu es revenue.
Et bien, sache que l’adresse que je te recommande, te recevra bien mieux encore. Ils sont gentils, calmes et patients. Je suis sure que tu aura même de quoi te restaurer.
Il est temps tu sais, que tu prennes la route. Les années passent, les larmes coulent, ils se désespèrent et perdent pieds. Toi seule pourrait, enfin, les consoler. Ils t’attendent depuis plus de 3 ans. La porte est ouverte, le nid est prêt. Il est temps que tu ailles livrer ta précieuse commande !
Je ne ferais pas de chantage, ni de menaces mais il est temps, vraiment temps, que tu prennes ton envol. Tu pourrais être en retard, tu ne l’es que trop. Et si tu te prenais dans la tempête, tu rallongerais encore le temps de la route. Il est temps, plus que temps, ils t’attendent.
Envole toi, vole, pars, vite, plus vite encore. Ne ralentis pas, ne change pas ta route, prends garde aux avions, prends garde aux chasseurs, bats des ailes, plus vite encore, regarde au loin, regarde devant, ne te fie qu’à ton instinct, prends la route et vole, vole sans t’arrêter, vole jusqu’à la maison de ces amoureux, ne frappe pas, ils t’attendent. Dépose le baluchon, regarde les pleurer, regarde les rire, regarde les s’émouvoir de cette vie qui prends toute la place dans leurs cœurs !
File ma Cigogne, file plus vite que le vent. Ils t’attendent !

